

Eloïse Gennet
Si j’ai commencé mes études de droit en Bretagne dont je suis originaire, mon parcours est résolument international : une année Erasmus en Allemagne, quatre années de cotutelle de thèse en Suisse allemande, un petit passage au Conseil de l’Europe puis plusieurs années de post-doc à l’Inserm à travailler sur des projets européens interdisciplinaires avec des partenaires en Afrique et au Canada.
L’interdisciplinarité avait aussi très tôt marqué mon parcours : le droit se doit d’être incarné et le droit de la santé d’autant plus. Ainsi, sur le sujet de la recherche médicale sur les personnes vulnérables, j’ai à la fois rédigé une thèse en droit européen, et une thèse en bioéthique.
Je suis arrivée à amU pour la première fois en Master. Les parcours en droit de la santé étaient rares à l’époque, c’est ce qui m’a attirée.
Je suis revenue dès que j’ai pu, grâce à la Chaire de Professeur Junior – un dispositif nouveau, un pari institutionnel, et une opportunité en or pour moi : une décharge d’enseignement, un budget de recherche, et quatre ans pour faire ses preuves avant potentielle titularisation. L’institution prend un pari sur un profil, elle s’engage à lui donner les moyens de le tenir, et j’ai eu la chance de faire partie des quatre premières chaires à amU.
J’enseigne dans diverses matières de droit européen et de droit de la santé à tous les niveaux, de la première année de licence au master, et sur les trois sites de la faculté de droit et de science politique : Aix en Provence, Marseille et Arles. J’ai également ouvert un Diplôme d’Établissement « One Health » en droit international et européen qui est entièrement en ligne et en anglais, pour toucher des publics que le format classique ne capte pas et renforcer l’attractivité internationale.
Outre ces activités d’enseignement et de recherche, j’ai rejoint l’équipe de gouvernance de CIVIS, alliance d’universités européennes regroupant 11 membres européens et 6 partenaires africains dont Aix Marseille Université assure toute la coordination.
Trois métiers en un, portés par une même conviction : l’université publique peut être un espace d’ambition réelle.

Charlotte à la rencontre d'Eloïse
Découvrez l'entretien d'Eloïse Gennet par Charlotte.
J’ai la chance de faire partie des quatre premières chaires de professeurs juniors qui ont été mises en place à Aix-Marseille Université. Je dis « j’ai la chance » parce que ces chaires sont un véritable luxe. On dispose d’une décharge d’enseignement, donc on enseigne à peu près trois fois moins d’heures de cours qu’un enseignant classique. Et à l’inverse, ce temps qui n’est pas consacré à l’enseignement, on l’utilise pour les activités de recherche. Recherche pour laquelle on dispose en plus d’un budget de deux cent cinquante mille euros sur les quatre ans, ce qui est quand même assez exceptionnel. Donc l’idée, c’est justement, avec ces chaires de professeurs juniors, d’évaluer ce que le candidat peut faire dans ces conditions sur quelques années pour décider s’il peut être titularisé ou non, s’il peut accéder au poste de professeur ou non après avoir fait ses preuves.
Introduction
Bonjour et bienvenue dans un nouvel épisode de Nos talents AMU, la série qui met à l’honneur les parcours inspirants des personnes qui travaillent à Aix-Marseille Université et font sa force par leur engagement et leurs réalisations. Je m’appelle Charlotte Henry de Villeneuve et, cette saison, nous nous intéressons aux enseignants-chercheurs.
Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir Éloïse Gennet, titulaire d’une chaire de professeur junior en droit européen de la santé et des médicaments à la faculté de droit d’AMU. Forte d’un parcours résolument international, Éloïse a pour objet de recherche l’approche Une seule santé, ou One Health, qui pense la santé humaine, animale et environnementale comme un seul système et invite le droit à sortir de ses silos. La parole est à elle.
Eloïse Gennet
Bonjour, je suis Éloïse Gennet, j’ai une chaire de professeur junior en droit européen de la santé à Aix-Marseille Université. J’ai décidé de venir à Aix-Marseille Université pour l’entrée en master parce que j’étais attirée par deux choses : un master en droit public et privé de la santé, ce qui était encore très peu répandu à l’époque en France, mais aussi parce que j’étais attirée par le sud.
J’ai quand même dû quitter ce sud pour la thèse de doctorat que j’ai effectuée en cotutelle internationale et interdisciplinaire. Donc une thèse en anglais à la faculté de médecine en Suisse et une thèse en français à la faculté de droit à Aix-Marseille Université. Puis je suis revenue quelques années après, et c’est à ce moment-là que l’opportunité de la chaire de professeur junior s’est présentée.
L’objectif de ces chaires, c’est d’attirer des profils un peu différents de la voie classique, du maître de conférences et du concours d’agrégation, puisque ces chaires visent plutôt des profils internationaux, interdisciplinaires et axés recherche.
L’objet de ma recherche, c’est l’approche Une seule santé, qui repose sur l’idée que la santé humaine, animale et environnementale sont interdépendantes et qu’on ne peut pas protéger efficacement et durablement la santé de l’une sans protéger les autres. Et même si on le sait depuis des millénaires, la conscience générale de cette interdépendance s’est effacée au profit d’approches cloisonnées de la santé humaine, de la santé animale et de l’environnement. Et le droit n’échappe pas à cette tendance. Les systèmes juridiques sont très fragmentés, très spécialisés. On fait du droit de la santé, du droit de l’environnement ou du droit de la protection animale. Et donc mes recherches portent sur l’utilisation de cette approche transverse dans le domaine du droit.
L’approche One Health, c’est d’ailleurs une thématique qui a été identifiée par Aix-Marseille Université comme l’un des cinq grands défis sociétaux dans sa prospective Quelles sciences à Aix-Marseille Université pour 2040. Et c’est effectivement un sujet qui est intrinsèquement interdisciplinaire. Ça me permet de travailler avec des chercheurs de différents instituts ou laboratoires reliés à Aix-Marseille Université, certains qui travaillent sur le cancer, d’autres qui travaillent sur l’antibiorésistance. Donc je suis par exemple engagée dans des projets qui impliquent des chercheurs de l’IHU Méditerranée Infection dans des demandes de financement européen.
Et c’est, comme je le disais plus tôt, l’objectif de ces chaires : promouvoir l’excellence de la recherche à l’université. Et c’est pour ça, là encore, qu’on a la chance d’être accompagnés par la MER, la Mission Europe pour la Recherche. La MER, c’est une structure qu’Aix-Marseille Université partage avec le CNRS, l’IRD et l’INSERM. Et ça a été créé assez récemment, il y a quelques années, pour améliorer justement l’accompagnement des chercheurs dans l’obtention de financements européens compétitifs. C’est donc avec le soutien de la MER que j’ai pu récemment candidater à divers financements, justement avec ces chercheurs de l’IHU par exemple, mais aussi pour des financements individuels, puisque je viens de déposer un ERC. Ce que je n’aurais probablement jamais osé faire s’il n’y avait pas eu ce soutien de la MER et d’Aix-Marseille Université.
Tous ces objets de recherche sont directement mobilisés dans l’intérêt des étudiants. C’est ça aussi que ces chaires permettent : un lien fort entre recherche et enseignement. Donc je viens par exemple de lancer cette année un diplôme d’établissement exclusivement en ligne et en anglais à propos de cette fameuse approche Une seule santé telle qu’appréhendée par le droit. Et j’ai pu, pour cela, mobiliser plein de collègues différents qui ont répondu présent, et ça m’a permis de couvrir la vaste étendue des thèmes pourtant très spécialisés que recouvre l’approche Une seule santé, chose qu’il m’aurait été impossible de faire seule.
Exposer ses sujets de recherche aux étudiants, c’est bénéfique pour eux, mais c’est aussi très utile pour le chercheur, puisque ça force à expliquer des sujets un peu niches, à être capable d’en présenter les enjeux complexes malgré la technicité et de répondre aux questions souvent pertinentes des étudiants. Donc l’enseignement est très complémentaire à la recherche : ça lui donne un sens, une utilité immédiate et des questionnements pragmatiques.
J’enseigne de la première année de licence aux étudiants de master deux, et l’organisation est assez fluide malgré le fait que ce soit une énorme institution. Rien que la faculté de droit est basée sur trois sites différents. Donc ça peut être une classe de vingt étudiants à Arles comme un amphi de quatre cents à Marseille et sept cents à Aix. À chaque site son charme et ses avantages, à chaque site ses enjeux, ses difficultés, mais le soutien administratif fait que la tâche est largement facilitée pour l’enseignant : les emplois du temps, les salles, les examens, tout est très bien organisé. Et heureusement, parce qu’on a des effectifs très importants. Donc il faut souligner l’efficacité de ce soutien administratif, qui est à la hauteur de l’ampleur des effectifs.
Une question qui traverse l’université aujourd’hui, c’est : comment forme-t-on les citoyennes et les citoyens de demain ? Et ça, c’est exactement la thématique de l’alliance d’universités CIVIS. CIVIS, c’est une alliance de onze universités européennes et six partenaires africains qui collaborent autour de quatre axes : la mobilité, la formation, la recherche et l’engagement civique. CIVIS est soutenu par la Commission européenne, qui veut faire de ces alliances un véritable pilier de l’espace européen de l’éducation. Et CIVIS fait justement partie de la première génération d’universités européennes, créée en 2019, et elle est maintenant l’une des plus grandes alliances existantes parmi les quelque soixante-quatre.
Et non seulement Aix-Marseille Université fait partie de CIVIS, mais en plus, c’est Aix-Marseille Université qui coordonne l’ensemble de l’alliance, donc l’ensemble des universités européennes et des partenaires africains. Et c’est parce qu’Aix-Marseille Université est une grosse machine qu’elle est capable de prendre en charge cette coordination, ce qui n’est pas le cas de toutes les universités. Et cette coordination est bien sûr accompagnée d’une responsabilité politique auprès de la Commission européenne, qui en finance une grande partie.
Et justement, depuis quelques mois, j’ai la chance d’avoir rejoint cette équipe de coordination CIVIS, puisqu’on m’a confié une charge de mission auprès de la vice-présidente déléguée à CIVIS. Et là, on voit encore toute la richesse et la diversité que ça représente de travailler avec Aix-Marseille Université, puisque j’ai parfois l’impression, pour quelques jours par semaine, d’avoir changé de métier. C’est un rôle qui est à la fois administratif et politique, dont le but est d’opérer cette transformation qui est la promesse des universités européennes. Donc le choix politique de cette transformation a été fait au niveau de l’université et de sa présidence, et des gens comme moi et toute l’équipe CIVIS œuvrent à la concrétisation de cette transformation dans le quotidien et les réalités de l’université. Et c’est tout à fait passionnant.
Conclusion
C’est ainsi que s’achève cet épisode de Nos talents AMU. Un grand merci à tous les participants et toutes les participantes. Merci également à vous qui avez écouté cette rencontre jusqu’au bout. La musique est signée HDV, le mix audio a été réalisé par le studio Medusa Prod, et Nos talents AMU est une production d’Aix-Marseille Université. Je suis Charlotte Henry de Villeneuve. À très bientôt pour un nouveau parcours.
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