

Clarisse Vollon
J'ai réalisé toute ma formation à amU. À l'issue de ma thèse, j'ai pris un poste d'ATER à Paris Descartes. C'est là, paradoxalement, que j'ai réalisé à quel point cette université m'avait construite. Elle me manquait : les collègues, l'écosystème, la façon dont les choses s'y faisaient. Je suis revenue. Ce qui m'avait accompagnée tout au long de ce parcours, c'est la clinique. D'abord à l'hôpital, pendant plusieurs années. Puis, en 2018, j'ai ouvert un cabinet libéral. De cette clinique part tout le reste : mes recherches, ma façon d'enseigner, mes expertises auprès des tribunaux.
Un bureau d'aide à la pédagogie, des financements Amidex pour la création de formations, des espaces de réflexion prospective sur les enjeux de la recherche de demain : amU est une université d'excellence qui donne les moyens ! La formule « safe place for science » dit quelque chose d'important : ici, on peut chercher librement. C'est aussi une université qui reconnaît la diversité des façons d'être enseignant(e)-chercheur(se). Ce n'est pas anodin pour quelqu'un qui, comme moi, mène plusieurs engagements de front.
La licence de psychologie, c'est 3 000 étudiants chaque année et 64 personnels de recherche à coordonner. Une richesse qui impose une vision. Pour moi, la licence ne forme pas uniquement des psychologues : elle forme des citoyens. Dans le master que nous avons co-fondé en 2022, avec le soutien d’Amidex, nous allons plus loin : des groupes de parole, des jeux de rôle, des mises en situation réelles pour que les étudiantes et étudiants construisent leurs postures de clinicien avant même d'exercer. La psychologie doit aller là où la société en a besoin. Être enseignante-chercheuse ici, c'est participer à quelque chose qui dépasse largement les murs de l'université.

Charlotte à la rencontre de Clarisse
Découvrez l'entretien de Clarisse Vollon par Charlotte.
Dès le départ, à Aix-Marseille Université, j’ai été habituée à articuler pratique clinique, terrain, formation et enseignement supérieur et, à la suite, recherche et travail de recherche. Plus ça allait, plus ça faisait sens : quand on se pose des questions cliniques, des questions thérapeutiques, des questions de prise en charge des patients, quand on donne des cours à des étudiants sur la schizophrénie, sur les troubles, sur la maladie mentale, sur la psychopathologie, si on n’est pas au contact des patients, c’est très compliqué. En tout cas, j’essaie, à mon niveau, de garder cet engagement dans le travail clinique, que ce soit à l’hôpital, auprès des institutions ou dans mon travail libéral.
Introduction
Bonjour et bienvenue dans un nouvel épisode de Nos talents AMU. Cette année, nous mettons à l’honneur les parcours inspirants des enseignants-chercheurs d’Aix-Marseille Université. Je m’appelle Charlotte Henry de Villeneuve et j’ai le plaisir de recevoir Clarisse Vollon, maître de conférences en psychologie clinique, responsable de formation et directrice des études de la licence de psychologie d’AMU. Clarisse connaît bien la maison. Elle y a d’abord été étudiante, avant un détour de quelques années par Paris, puis un retour à Aix-Marseille, cette fois côté enseignant-chercheur. De ce parcours, Clarisse a fait une ligne de conduite : l’articulation. Un pied dans la clinique, un dans l’enseignement, un dans la recherche, avec un engagement tout particulier pour le développement de l’esprit critique chez ses élèves et la volonté de faire de la psychologie un levier pour les aider à devenir des citoyens éclairés. Un dernier mot avant de commencer : nous avons enregistré cette conversation à distance. Si le son prend ici ou là quelques libertés, ne nous en tenez pas rigueur. L’essentiel est dans ce que Clarisse a à nous transmettre, et la parole est à elle.
Clarisse Vollon
Aix-Marseille Université a vraiment fait le choix de soutenir les étudiants dans l’insertion professionnelle. Très tôt dans ma formation, j’ai pu m’inscrire sur des terrains de stage, mais aussi dans un tissu associatif, qui était une façon pour moi de m’engager en tant que jeune citoyenne dans la vie de notre société et de me confronter à des problématiques spécifiques — en l’occurrence l’environnement carcéral, la question de l’enfermement, avec le Génépi, une association fondée par Robert Badinter. Cela faisait complètement sens et c’était très complémentaire de mes enseignements en licence de psychologie.
Le master s’inscrivait aussi dans cette logique-là. Mon contact avec la psychiatrie adulte a été très décisif, notamment dans les centres hospitaliers qui sont annexes à Aix-Marseille Université, parce que nous avons la chance d’être sur un territoire où il y a beaucoup de structures hospitalières, ce qui est une vraie richesse.
Pour l’instant, je suis responsable de formation et directrice des études de la licence de psychologie. J’ai un travail administratif autour de la gestion de cette licence, qui a une spécificité qu’on ne retrouve pas dans toutes les universités : elle est co-portée par quatre départements de psychologie — psychologie sociale, psychologie du développement, psychologie cognitive et psychologie clinique. Plus individuellement, je suis également membre du département de psychologie clinique, enseignante, et j’interviens dans des enseignements tout au long de la licence.
Le titre de psychologue est un titre protégé par la loi, qui est délivré à l’issue de masters spécifiques, habilités à le délivrer. La licence de psychologie, elle, se situe un peu en amont. Avec une licence de psychologie, on peut faire plein de choses : postuler à des masters, bien sûr, mais aussi présenter des concours d’orthophonie, d’infirmier, ou d’autres concours de la fonction publique. On peut aussi se réorienter.
Dans cette perspective, il faut développer leur sens critique. C’est pour ça que j’ai souvent cette formule avec les étudiants : je ne suis pas là pour vous apprendre à être psychologue au niveau licence ; en revanche, on est là pour développer votre sens critique et vous apprendre à être des citoyens, à être éclairés, à pouvoir faire des recherches, à aller chercher l’information sur des supports et des ressources qui sont vérifiés, à développer votre capacité d’écoute mais aussi de discernement, à être capables de synthétiser des idées. Ça, c’est très important. On aide à former leurs esprits.
J’ai plusieurs axes de recherche. Je travaille sur les psychothérapies des schizophrénies. Je travaille beaucoup sur les dynamiques de groupe — les dynamiques de groupes thérapeutiques, mais aussi les dynamiques de groupes institutionnels, les équipes, les dynamiques de groupes dans les environnements soignants. Je m’intéresse aussi à la question du cadre thérapeutique, c’est-à-dire le cadre thérapeutique au niveau individuel, dans la prise en charge des patients, mais aussi au niveau groupal. J’ai une spécificité : je suis formée à la dynamique des groupes. Dans le jargon, je suis ce qu’on appelle une groupaliste, et je suis membre de plusieurs sociétés savantes spécialisées dans la psychanalyse des groupes. Je m’intéresse aussi à la question du trauma, à son traitement et à sa prise en charge. Et enfin, je m’intéresse à toute la recherche ayant trait à l’articulation des pratiques cliniques de façon complémentaire.
Il faut savoir qu’Aix-Marseille Université a un nombre très important d’appels à projets, de possibilités de financement, de formation, de recherche et de bourses, mis à disposition des enseignants-chercheurs. Avec mon équipe, nous avons monté depuis 2022 un master de psychologie clinique, psychothérapie psychanalytique humaniste, individuel et groupal. C’est un nom un peu long, mais qui montre toute la complémentarité, et la nécessité de complémentarité des outils dans le métier de psychologue. Ce master a pu voir le jour grâce à un financement A*Midex qui s’appelle Tiger, un financement qui aide à la formation des étudiants par la recherche, et qui nous a permis de proposer une maquette pédagogique ambitieuse, avec beaucoup d’ouvertures sur différents outils du champ de la psychologie clinique : la psychanalyse, bien sûr, mais aussi les thérapies de groupe, l’EMDR, l’hypnose, la systémie, tout un ensemble d’outils que le psychologue clinicien est amené, à terme, à pouvoir utiliser. C’est, pour le coup, unique en France.
L’idée, ce n’est pas de tout mélanger, mais vraiment de repérer les outils, leur champ d’application, leurs limites également. Et c’est dans ces limites qu’on vient articuler d’autres pratiques cliniques. Ce type de master, dans le paysage universitaire, on ne le trouve qu’à Aix-Marseille Université. Et c’est parce que nous bénéficions d’une politique d’Aix-Marseille Université qui permet de soutenir et de financer ce type de formation plutôt ambitieuse, même plutôt audacieuse.
Et ça se retrouve à tous les niveaux. Même au niveau de la licence, il y a la possibilité de prendre des congés pédagogiques pour mettre en place des enseignements spécifiques. Il y a la possibilité de prendre des congés de recherche pour, par exemple, rédiger son HDR — l’habilitation à diriger des recherches — afin de pouvoir soi-même diriger des thèses. Récemment, j’ai vu qu’il y avait aussi la possibilité de faire des Erasmus, pour les enseignants-chercheurs mais aussi pour les personnels administratifs : la possibilité de bouger dans d’autres universités européennes.
C’est fondamental de pouvoir se remettre en question par rapport à nos enseignements. Aix-Marseille Université soutient tout le système d’enquêtes auprès des étudiants, avec l’Observatoire de la vie étudiante, ce qui nous permet d’avoir des retours sur la façon dont les étudiants ont vécu nos formations. C’est extrêmement important. Après, il y a les évaluations de nos formations, les fameuses accréditations. Un exemple très concret : lors de la dernière accréditation pour la licence de psychologie, il nous était demandé, pour la troisième année, de tendre vers une forme de spécialisation de notre formation. C’était déjà un peu présent, puisque nous avions déjà des systèmes de choix possibles pour les étudiants en troisième année, mais là, c’était vraiment quelque chose d’inscrit dans le cadrage d’Aix-Marseille Université. Et ça a été extrêmement challengeant pour nous : on a dû remettre au travail notre licence 3, repenser la maquette. Les quatre fameux départements, il a fallu les mettre autour de la table, discuter, mettre en place des groupes de travail pour brainstormer ensemble sur ce qu’on voulait faire et ne pas faire. Et ça, pour moi, c’est de l’excellence.
Je tiens farouchement à mon indépendance. C’est quelque chose de très important pour moi, et je me sens très libre à Aix-Marseille Université de pouvoir m’organiser comme je le souhaite dans mon travail et dans ma recherche. Je peux faire mes enseignements dans des temps qui sont à la fois compatibles avec les exigences du diplôme, au niveau licence comme au niveau master, mais aussi avec les exigences de ma vie professionnelle clinique, de ma vie professionnelle de recherche, et de ma vie privée.
Je ne sais pas si j’ai une énergie incroyable — je suis quand même souvent fatiguée. Mais je pense qu’il y a deux choses. J’ai une tendance naturelle à ne pas aimer m’ennuyer, on va dire ça comme ça. Et puis j’ai été formée comme ça. Je me rappellerai toujours — comme quoi les stages, c’est très important — une référente de stage, une psychologue, quand j’étais en stage en psychiatrie adulte à Marseille. En troisième année de licence, alors que je préparais mon entrée en master, mon concours, mon projet de mémoire, elle m’a dit cette phrase qui m’est restée gravée : « De toute façon, il faut que tu apprennes à tout faire en même temps. »
C’est complètement antinomique avec la tendance actuelle de notre société, le slow life, etc. Mais le « tout en même temps » ne veut pas dire saturation. Cela veut dire que nous sommes engagés dans des processus : un processus d’enseignement, un processus de recherche, un processus clinique. Et ces processus se nourrissent d’interactions, d’interrelations, les uns les autres ; ils sont complémentaires et créent une dynamique qui nous permet de les poursuivre. Du coup, effectivement, cela nécessite qu’on soit dans plusieurs espaces pour permettre cette articulation.
J’ai la chance d’avoir une vraie filiation intellectuelle avec des collègues qui m’ont précédée à Aix-Marseille Université, sur des champs de recherche qui sont les miens, et qui ont posé des jalons, donné un héritage que j’ai aussi la chance de transmettre aujourd’hui. C’est aussi ça qu’on retrouve avec nos étudiants, dans la transmission du savoir, et dans un phénomène que nous sommes peu de psychologues à étudier : le transfert formatif. Ce sont tous les enjeux psychiques de ce qu’on transmet à l’étudiant, de ce que ça nous fait éprouver. Parce que parfois, ce n’est pas facile avec les étudiants, on ne va pas se mentir. Et parfois, pour les étudiants, ce n’est pas facile avec nous non plus. Mais en même temps, on vit des choses très intenses, des émulations intellectuelles, de la joie aussi, de la fierté : quand on les voit réussir, c’est très émouvant. En tout cas, moi, ça m’émeut souvent. Je suis aussi traversée par tout ça.
Conclusion
C’est ainsi que s’achève cet épisode de Nos talents AMU. Un grand merci à tous les participants et toutes les participantes. Merci également à vous qui avez écouté cette rencontre jusqu’au bout. La musique est signée HDV, le mix audio a été réalisé par le studio Medusa Prod, et Nos talents AMU est une production d’Aix-Marseille Université. Je suis Charlotte Henry de Villeneuve. À très bientôt pour un nouveau parcours.
Découvrez notre nouvel entretien podcast avec Clarisse Vollon.
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