

Adeline Garcia
Après le lycée, j’ai intégré la faculté de médecine d’amU. Mais être malentendante dans un environnement très compétitif, rend les choses particulièrement difficiles. Je n'ai pas été reçue au concours. En deuxième année de licence de chimie, j'ai perdu toute mon audition. Appareillée, puis implantée, la responsable de la formation me propose alors un contrat pour réaliser ma L3 en 2 ans. Cette initiative a tout changé ! La recherche est devenue un horizon possible.
amU dispose d'une cellule handicap dédiée aux étudiants, et d'une autre dédiée aux personnels : deux dispositifs distincts ; c’est un bon signal !. Et c'est grâce à un post-doc Amidex handicap, ouvert à l'international, que j'ai pu effectuer la transition vers mon poste actuel d'ingénieure de recherche CNRS. À chaque étape, l'institution a répondu présente, concrètement, avec des personnes et des dispositifs d’accompagnement.
Ma discipline, c’est la chimie analytique appliqué à l'astrochimie. J’accompagne particulièrement l’équipe ASTRO du laboratoire PIIM qui cherche à comprendre l’apparition de la vie sur Terre. Pour cela, il nous faut remonter à la formation du système solaire via les vestiges que sont les météorites. J'y cherche des acides aminés, les briques élémentaires du vivant. Depuis mars dernier, j'exerce comme ingénieure de recherche au CNRS. J'accompagne cinq chercheuses et chercheurs dans leurs projets. J'assure aussi la maintenance des instruments et je continue ma propre recherche. C'est un métier à la croisée de l'expertise technique, de l'accompagnement et de la curiosité scientifique.

Charlotte à la rencontre d'Adeline
Découvrez l'entretien d'Adeline Garcia par Charlotte.
Avec toute l’aide qui est disponible et avec le soutien que l’on peut recevoir, c’est tellement dommage de ne pas essayer et de ne pas persévérer. J’ai toujours trouvé le soutien dont j’avais besoin à Aix-Marseille Université pour réussir à poursuivre mes études, pour réussir à faire ma recherche et, aujourd’hui, être en poste — qui était pour moi l’accomplissement de tout ce que j’ai pu réaliser en amont.
Introduction
Bonjour et bienvenue dans un nouvel épisode de Nos talents AMU. Cette année, nous mettons à l’honneur les parcours inspirants des enseignants-chercheurs d’Aix-Marseille Université. Je m’appelle Charlotte Henry de Villeneuve et je suis avec Adeline Garcia, docteur en chimie analytique et aujourd’hui ingénieure de recherche au CNRS dans le laboratoire PIIM, pour Physique des interactions ioniques et moléculaires. Avec son équipe, Adeline cherche à comprendre l’origine de la vie sur Terre. Rien que ça.
Adeline est malentendante de naissance. Pendant ses études, elle a perdu la totalité de l’audition qui lui restait. Elle entend aujourd’hui grâce à un implant cochléaire et lit sur les lèvres. Son timbre de voix porte la trace de ce parcours. Et ce parcours est justement au cœur de notre épisode. Adeline y raconte comment AMU l’a accompagnée à chaque étape de sa carrière. Et si le soutien fut celui de l’université, le courage et la ténacité furent évidemment les siens. Place à Adeline.
Adeline Garcia
J’ai toujours été passionnée par la science depuis toute petite et donc, naturellement, j’ai souhaité me diriger vers des études supérieures en sciences. Et l’université la plus proche de chez moi était Aix-Marseille Université. J’ai décidé, dans un premier temps, de faire des études en médecine. Malheureusement, du fait de mon handicap, ce n’était pas forcément la meilleure des options, car je suis malentendante de naissance. J’étais à l’époque appareillée et j’ai besoin de la lecture labiale pour communiquer avec les personnes. À l’université, le défi était qu’on était dans de très grands amphithéâtres. Je n’arrivais pas très bien à comprendre forcément les intervenants qui venaient nous faire cours. Et donc, à ce moment-là, il aurait été souhaitable d’avoir des personnes qui me donnaient les cours pour que je puisse mieux suivre. Mais on était en médecine, et en médecine, c’est un concours. Donc la solidarité n’est pas aussi présente que dans les autres filières, certainement. Et je me suis rendu compte que médecine, c’était peut-être un petit peu trop ambitieux avec mon handicap.
J’ai donc décidé de me réorienter en chimie, puisque, lors des cours de médecine, les matières qui me passionnaient le plus, c’étaient les matières qui étaient liées à la pharmacie, donc la chimie. C’est comme ça que je me suis retrouvée à l’université de Saint-Jérôme en deuxième année de chimie, car grâce aux notes de médecine, j’avais réussi à intégrer directement la deuxième année de chimie. Donc c’était, jusque-là, très bien, et j’étais très, très contente de ma, on va dire, reconversion étudiante.
Sauf que le 1er novembre, en une après-midi, j’ai perdu la totalité du peu d’audition que j’avais. Donc, à partir de ce moment-là, ça a été un petit peu le branle-bas de combat pour comprendre ce qui s’était passé. Et, en fait, on a appris que c’était lié à ma surdité, qui est un syndrome de Pendred, qui donne donc une surdité évolutive. On le savait, mais on ne savait pas qu’elle pouvait causer aussi des pertes de surdité brusques comme il m’est arrivé cet après-midi-là.
Et à partir de là, j’ai compris que ça allait être un très, très long combat, car pour récupérer l’audition, il fallait que j’aille à l’hôpital dans les vingt-quatre heures de la perte de surdité pour recevoir de la corticothérapie à très forte dose, en étant hospitalisée pendant une semaine, suivie derrière de un à deux mois de caisson hyperbare. Donc les caissons hyperbares, en fait, c’est comme un petit sous-marin présent dans une salle à l’hôpital et qui simule la descente en profondeur, puis la remontée. Et ce changement de pression induit un apport en oxygène au niveau des tissus abîmés. Et c’était le cas pour mon cas, puisqu’en fait, il fallait réoxygéner la cochlée, qui est le dernier petit élément de l’oreille interne qui permet de faire le lien avec le nerf auditif.
Au niveau des études, ça allait être bien plus compliqué, puisque j’étais très régulièrement absente des cours. Et c’est là que j’ai commencé à vraiment avoir une grande relation avec la mission handicap étudiante d’Aix-Marseille Université qui, eux et les responsables de formation, ont su réagir très rapidement à ma problématique, avec notamment des aides apportées et, surtout, par exemple, de la part de ma responsable de formation, une réorientation dans un autre parcours qui était plus de la biologie, qui était donc plus en adéquation avec mes connaissances, ayant fait en amont de la médecine. Pour garder un petit peu ma partie chimie, j’ai fait de la biologie, mais avec une spécialité chimie du vivant. Et la mission handicap de l’université m’a amené, à ce moment-là, beaucoup de support, comme par exemple une bonification d’étudiants qui me prenaient le cours — donc j’avais le cours même si j’étais absente —, comme par exemple aussi l’aide avec un micro directionnel qui me permettait d’avoir le son directement dans la prothèse auditive, et des aménagements d’emploi du temps.
Car malheureusement, ces épisodes de surdité brusque se sont reproduits plusieurs fois, avec la finalité : une implantation cochléaire. Donc c’est comme une oreille interne artificielle, mais c’est une opération qui est très lourde, qui est très longue, très contraignante, notamment car ça efface toute la mémoire auditive. Et il faut réapprendre avec une orthophoniste tout : les bruits de la vie courante, les bruits que font les voyelles et les consonnes, réapprendre les mots. Car au tout début, lorsqu’on branche cet appareil, tous les sons sont identiques, que ce soit une porte qui claque, de l’eau qui coule ou quelqu’un qui parle. C’était très, très long, fastidieux, et je tenais absolument à poursuivre mes études, mais il fallait trouver un aménagement qui puisse me le permettre. Pour ce cas-là, par exemple, j’ai eu aussi un très, très gros soutien de la responsable de la licence 3, qui était madame Nathalie Pietri, qui, en accord avec la mission handicap, m’a proposé de faire ma licence 3 sur deux ans, de façon à pouvoir étendre les matières et me permettre d’avoir beaucoup plus de temps disponible pour les suivis médicaux, qui étaient assez lourds, et pour pouvoir notamment faire la rééducation orthophonique, qui me prenait énormément de temps et qui était très, très fatigante.
Grâce à tous les aménagements qui m’ont été apportés, que ce soit par la mission handicap étudiante, par les responsables de formation, les enseignants ou bien les autres élèves, j’ai réussi à aller jusqu’au bout de mes études, c’est-à-dire un master de chimie, avec une petite revanche sur mes difficultés des années précédentes, puisque j’ai fini major de promotion.
Et c’est à partir de là, en fait, en master, que j’ai réfléchi un petit peu à ce que je voulais pour la suite. Et je me suis vraiment pris de passion pour la recherche, pour la science. Et je souhaitais en faire un métier. Et donc le défi était de pouvoir faire une thèse, puisque c’est comme ça, derrière, qu’on arrive à des postes d’enseignant-chercheur ou d’ingénieur de recherche. Et je me suis de nouveau tournée vers la mission handicap, qui m’a expliqué qu’il existait des contrats doctoraux handicap. C’était une candidature à faire au niveau de l’université, puis qui remontait ensuite au niveau du ministère de la Recherche, donc c’était au niveau national. Et il faut savoir qu’Aix-Marseille Université était l’une des — encore aujourd’hui, mais à l’époque, puisque maintenant ça fait sept ans — l’une des universités qui était déjà très engagée dans le handicap et les personnes en situation de handicap, et qui était très engagée pour, justement, favoriser la poursuite des études pour ces personnes en situation de handicap, et qui donc, par exemple, mettait en face, chaque fois que le ministère octroyait des contrats doctoraux à Aix-Marseille Université, autant de contrats doctoraux. Ce qui permettait d’avoir quand même un assez grand nombre de contrats. Et j’ai pu bénéficier, justement, de l’un de ces contrats pour pouvoir réaliser ma thèse.
À ce moment-là, je me suis retrouvée cette fois-ci face à la cellule handicap des personnels AMU, qui a été donc la continuité de la mission handicap, où j’ai pu rencontrer par exemple monsieur Carillo et monsieur Bensoussan. Monsieur Bensoussan, qui est le vice-président handicap d’Aix-Marseille Université, et qui ont été dans le suivi de toute l’aide dont j’avais besoin. Et encore plus, puisque malheureusement pour moi, j’ai démarré ma thèse et, quelques mois après, il y a eu le COVID. Le souci, c’est que déjà, il y a le confinement, donc beaucoup d’échanges ne pouvaient se faire plus qu’en visio. Ou alors, lors de la reprise d’activité, il fallait porter le masque. Et évidemment, moi qui fais de la lecture labiale, tout ça a été très, très compliqué pour moi. Les masques, c’est une évidence, mais aussi la visio, parce qu’en fait, c’est à travers un écran, c’est en 2D, ce n’est pas en 3D comme dans la réalité. C’était beaucoup plus difficile pour moi d’arriver à lire sur les lèvres, voire quasi impossible. Et à ce moment-là, la cellule handicap AMU a été très, très réactive également, en essayant de trouver des solutions, comme par exemple des masques avec une fenêtre transparente qui m’avaient été fournis pour que je puisse les distribuer à mes collègues de laboratoire, pour pouvoir continuer à discuter et échanger. Et pour les visios, la mise en place d’une plateforme qui s’appelle Tadeo, où des personnes retranscrivaient en direct, à l’écrit, tout ce qui se disait dans la réunion, pour que je puisse suivre les réunions en visio.
Donc, dans toutes les étapes, finalement, de mes études, j’ai pu compter sur ce qui était la mission handicap étudiante, puis la cellule handicap personnel. Et bien sûr aussi tous les enseignants-chercheurs qui étaient mes enseignants, notamment par la suite dans mon laboratoire, au niveau du laboratoire PIIM, par exemple mon directeur de thèse. Toutes ces personnes ont toujours tout fait pour que mon handicap ne soit pas un frein à mes études en amont, et puis ensuite à ma recherche, et que je puisse totalement m’épanouir dans ce que je faisais au quotidien, sans avoir l’empreinte handicap en permanence présente.
Et donc, je suis aujourd’hui docteure en chimie. Et après le doctorat, l’une des étapes clés aussi, c’est de faire un post-doc. Aix-Marseille Université, avec la Fondation A*Midex, est la première université en France à avoir mis en place ces post-docs handicap, qui étaient donc sur concours, ouverts à l’international. Et j’ai eu la chance de faire partie de la première promotion de ce post-doc handicap A*Midex. Ce post-doc-là m’a permis un petit peu de mieux réfléchir à mon avenir, à mon projet professionnel, de mieux anticiper quelles allaient être les différentes contraintes et qu’est-ce qui était le plus adapté par rapport à ma situation. Et par exemple, j’ai pu me rendre compte que le problème du poste d’enseignant-chercheur était l’enseignement. Le fait de lire sur les lèvres me fatigue énormément. Notamment, je ne comprends pas forcément toute la phrase en entier, donc je fais beaucoup de ce qu’on appelle de la suppléance mentale. Donc la suppléance mentale, plus la lecture labiale face à de nombreux étudiants, c’était peut-être un petit peu trop ambitieux par rapport à mon handicap. De ce fait, je me suis plus tournée vers l’idée d’avoir un poste d’ingénieur de recherche, qui me permettait de pouvoir, si je voulais, continuer à faire de l’enseignement, mais plutôt bénévolement et non pas comme un métier à temps plein.
Mon laboratoire m’a énormément soutenue dans ce projet-là, et j’ai pu bénéficier de l’aide, notamment du CNRS, qui a mis en place un poste d’ingénieur de recherche BOE — c’est-à-dire bénéficiaire de l’obligation d’emploi — sur lequel j’ai candidaté et que j’ai obtenu, ce qui fait que depuis le 1er mars, je suis ingénieure de recherche au CNRS.
Ma recherche, c’est quelque chose qui est passionnant, puisqu’en fait, l’objectif de mon équipe, l’équipe ASTRO au sein du laboratoire PIIM, est d’essayer de comprendre l’origine de la vie sur Terre. Pour comprendre l’origine de la vie sur Terre, il faut s’intéresser à l’histoire de notre système solaire, du tout début de la formation du système solaire jusqu’à aujourd’hui. Et pour cela, l’un des éléments les plus parlants sont ce qu’on appelle les astéroïdes et les comètes. Ces gros cailloux, si on peut dire, sont en fait des vestiges de la formation du système solaire. On va dire qu’ils se sont un petit peu figés dans le temps. Donc ils renferment toute la matière qui était au départ présente sur la Terre également, avant la naissance de la vie. Les météorites sont en fait des petits morceaux de ces astéroïdes et comètes qui se sont décrochés et qui ont atterri sur les planètes, notamment sur la Terre. Et donc, en les analysant, on arrive un petit peu à retracer quelle était la matière qui a permis ensuite la vie, qui était présente sur Terre initialement. Alors forcément, c’est une très, très grande question, qui est très ambitieuse aussi, mais par des petits éléments, on arrivera à affiner peut-être la réponse jusqu’à avoir un jour la vérité. Mon objectif va vraiment être de mettre en place ce qu’on appelle des protocoles d’analyse et de pousser un petit peu dans les retranchements les machines, pour aller toujours plus loin dans ce qu’on peut obtenir de ces machines-là, pour arriver à identifier les molécules présentes dans des échantillons divers et variés qu’on a lorsque l’on fait des collaborations avec d’autres chercheurs.
Il y a un an et demi, j’ai candidaté un petit peu sans y croire au prix L’Oréal-UNESCO pour les femmes et la science, Jeunes Talents. J’ai préparé le dossier, et j’ai été appelée pour m’annoncer que je faisais partie des lauréates. Recevoir ce prix a été une très, très belle récompense de mon parcours, des difficultés que j’avais dû surmonter. Et c’était aussi une reconnaissance de mes travaux de recherche. Et ça, je crois que dans la vie d’un chercheur, c’est quelque chose qui est très, très important. Ce prix m’a permis de pouvoir porter le message qui me tenait à cœur, qui est un petit peu : quand on veut, on peut. Il faut bien sûr se battre. Parfois, selon les difficultés, ça sera peut-être plus dur, mais au final, on peut y arriver.
Conclusion
C’est ainsi que s’achève cet épisode de Nos talents AMU. Un grand merci à tous les participants et toutes les participantes. Merci également à vous qui avez écouté cette rencontre jusqu’au bout. La musique est signée HDV, le mix audio a été réalisé par le studio Medusa Prod, et Nos talents AMU est une production d’Aix-Marseille Université. Je suis Charlotte Henry de Villeneuve. À très bientôt pour un nouveau parcours.
Découvrez notre nouvel entretien podcast avec Adeline Garcia.
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